Voici un nouvel article paru dans le magazine ” Pro Natura “

_______________________________________________________________________________________________________________

 

« J’ai besoin de me sentir utile »

A 18 ans, Guillaume Thébault a réalisé « Futur d’espoir ». Un film documentaire d’une belle tenue qui montre la voie d’une agriculture différente, respectueuse de la nature et des hommes.

Après la projection, il s’est levé pour répondre aux questions des spectateurs. Devant l’assemblée venue découvrir son film au Centre Pro Natura de Champ-Pittet, Guillaume fait preuve d’un aplomb déroutant : il explique, il argumente, il convainc. L’œuvre de ce jeune homme de 18 ans est étonnante de maîtrise, de sincérité et de conviction.

Et n’a rien à envier au film Demain dont l’objectif est de montrer, sans catastrophisme, que partout dans le monde des solutions existent pour résoudre les crises écologique, économique et sociale que traversent nos pays. « On pourrait penser que j’ai voulu copier le film de Mélanie Laurent et Cyril Dion. Mais j’étais en train de finir le mien quand le leur est sorti, le hasard des calendriers…»

Guillaume s’est lancé dans cette aventure ambitieuse il y a 18 mois déjà, avec les moyens du bord, c’est-à-dire sans moyens. Lui qui n’avait jamais touché une caméra s’est improvisé cinéaste avec l’appareil photo reçu à Noël. Dans le cadre de son projet de maturité à  l’Ecole Steiner de Genève, il a eu envie de réaliser ce travail «qui ne serait pas un énième réquisitoire contre l’agriculture intensive et ses dérives, mais un film positif qui montre la voie d’une agriculture différente, respectueuse de la nature et des hommes ».

Pro Natura

Crédit photo : Catherine Leutenegger

 

Ici et ailleurs, ici surtout

De Genève à Paris – mais surtout dans la campagne franco-genevoise où il a grandi – il est allé interviewer et filmer une quinzaine de personnes, acteurs locaux ou sommités internationales, qui dé montrent qu’un futur différent est possible pour notre agriculture et notre souveraineté alimentaire. Il a voulu montrer que ça bouge partout et que les initiatives locales sont plus nombreuses qu’on ne le pense. A l’écran, Guillaume parcourt le canton à vélo «pour rester dans l’éthique de mon propos». Il a quelque chose de Pipe avec son vélomoteur dans Les petites fugues d’Yves Yersin: un esprit libre, un brin utopiste.

Il y a du monde dans son film: de l’économiste Serge Latouche au disciple de Gandhi Rajagopal Puthan Veetil, en passant par le botaniste Gilles Clément ou le scientifique Gilles-Eric Séralini, sans oublier des acteurs locaux comme des ma- raîchers bio, une gardienne de semences, un responsable de magasin bio, un enseignant, un agriculteur biodynamique, un permaculteur, un conseiller en maraîchage ou une personne qui anime des jardins partagés.

« Je porte ce combat en moi »

Le choix de son sujet de film ne doit rien au hasard. Le jardinage – bio bien sûr – est une passion qui a grandi au fil des années, et qui a pris beaucoup de place dans sa vie depuis qu’il partage un coin de terre avec son pote Dimitri. « Au début, il y avait juste une cabane qu’on a construite avec des copains au fond du jardin d’une connaissance avec des vieilles planches récupérées dans la commune où j’habite. » Ont suivi le défrichage, puis l’aménagement d’un potager de près de 1000 m2 aujourd’hui. «On y passe un temps fou, mais on adore ça. C’est important pour moi de manger ma propre nourriture.»

Et ce ne sont pas ses grands-parents maternels qui le contrediront, eux qui, à une époque où ce n’était pas encore la tendance, ont souhaité donner une éducation hors des sentiers battus à leurs enfants.

« Ma grand-mère aimait la nature et je lui dois aujourd’hui, et à mes parents aussi, d’avoir cultivé cette proximité avec la nature.» Guillaume portait donc en lui depuis longtemps le message général qu’il voulait faire passer, mais là avec tous ces magnifiques témoignages, une matière brute impressionnante, belle mais complexe, et pas de scénario vraiment précis, la tâche était ardue.

Portrait Guillaume Thébault, Pro Natura Magazine, Ecole Steiner, Confignon (GE)

Crédit photo : Catherine Leutenegger

 

« J’ai fonctionné par instinct »

Il en a passé des heures à visionner les interviews, à préciser son scénario, à choisir de la musique, à réaliser le montage « aidé par plusieurs personnes dont mon père, heureusement ». Et le résultat final, il l’a vu prendre forme comme une sculpture naît des mains d’un artiste. « Je ne sais pas si c’est vraiment comme ça que font les artistes. Mais pour moi, c’est comme cela que j’ai fonctionné, par instinct.» Le travail de préparation des interviews et ses nombreuses lectures ont étoffé la partie théorique de son travail de maturité.

Aujourd’hui, il compte bien diffuser son documentaire, auprès des jeunes surtout, dans le cadre scolaire par exemple.

« Je prends actuellement des contacts. Encore du boulot en perspective. » Son souhait le plus cher serait une prise de conscience de chacun pour une alimentation plus saine, une vie plus proche et respectueuse de la nature et un comportement plus durable.

La voie de Guillaume semble presque tracée : journaliste ? Réalisateur ? Politicien? «Pas assez concret pour moi! Pour le moment, j’ai besoin de me sentir plus utile.» Sa petite idée serait d’abord d’accueillir des migrants pour partager avec eux le plaisir du potager, puis de créer un jardin communautaire pour travailler avec des personnes en rupture sociale.

__________________________________________________________________________________________________________________

Florence Kupferschmid-Enderlin est rédactrice romande du Magazine Pro Natura.

www.futurdespoir-lefilm.com

Pro Natura Magazine 1/2017

Both comments and pings are currently closed.